Le 26 novembre 2025, les salles obscures de France ont vibré à l’unisson d’une vague de sorties aussi variées qu’audacieuses. Entre animation familiale aux subtiles arêtes adultes, thriller psychologique aux allures de chasse au trésor et parabole dystopique qui fait froid dans le dos, la semaine ciné a mis en lumière un cinéma français qui ose, sans jamais perdre de vue le public. Et si tout cela n’était qu’un reflet de notre époque ?
Une Zootopie plus sombre, mais toujours brillante
Zootopie 2 ne se contente pas de reprendre les aventures de l’écureuil policier Judy Hopps et du renard Nick Wilde — il les déconstruit. Après avoir résolu l’affaire du mystérieux prédateur disparu, les deux partenaires sont envoyés en thérapie de couple par le chef Bogo. Une idée folle ? Peut-être. Mais c’est précisément ce qui rend le film si intelligent. Entre gags rétro (Flash la paresseuse, toujours aussi lent, fait pleurer de rire) et scènes d’une intensité émotionnelle inédite, le film explore la fragilité des liens, même entre les plus inséparables. L’intrigue tourne autour de Gary De Snake, un reptile empoisonné interdit sur le territoire de Zootopia, dont la présence révèle des fractures profondes dans la société animale. Zootopie 2 n’est pas qu’une suite : c’est une métaphore sur la méfiance institutionnelle, la peur de l’autre, et la manière dont les systèmes tentent de contrôler ce qu’ils ne comprennent pas. Selon Les Inrocks, le film devrait dominer les salles jusqu’à la fin de l’année, comme Vaiana 2 l’avait fait l’année précédente — une preuve que Disney sait encore capter l’imaginaire collectif, même avec des héros à fourrure.
Jodie Foster, psychiatre dans Paris : un thriller d’élite
Jodie Foster ne joue pas un rôle : elle s’incarne. Pour la première fois dans une langue étrangère, l’actrice américaine incarne Lilian Steiner, une psychiatre parisienne de renom dont une patiente, Paula (interprétée par Virginie Efira), se suicide — ou semble le faire. Mais Lilian ne croit pas à la version officielle. Ce qu’elle découvre en creusant les souvenirs, les notes et les silences de Paula est bien plus effrayant qu’un simple suicide : un complot, peut-être, ou une manipulation systématique. Vie privée, réalisé par Rebecca Zlotowski, est un chef-d’œuvre de tension psychologique. Les hallucinations se mêlent à l’humour noir, les conversations dans les salles d’attente deviennent des pièges, et les regards des autres — surtout ceux de Daniel Auteuil et Mathieu Amalric — portent des poids invisibles. Le Point lui a accordé quatre étoiles, la qualifiant de « chasse au trésor psychiatrique ». Ce n’est pas un thriller, c’est un miroir brisé.
Bugonia : quand l’aliénation devient une métaphore
Yorgos Lanthimos ne fait pas de films. Il construit des cauchemars élégants. Dans Bugonia, Emma Stone incarne une PDG d’une multinationale qui se réveille un matin enchaînée à un lit, face à deux hommes persuadés qu’elle est une créature extraterrestre venue détruire l’humanité. L’un d’eux, joué par Jesse Plemons — récompensé à Cannes en 2024 pour Kinds of Kindness — parle avec une sincérité terrifiante. Le film, qui met aussi en scène Alicia Silverstone, n’est pas une comédie de science-fiction. C’est une allégorie sur la désinformation, la folie collective, et la manière dont les puissants désignent des boucs émissaires pour masquer leurs propres crimes. Les Inrocks résume parfaitement : « Une société divisée, où la vérité est manipulée… et où celui qu’on croit fou n’était peut-être pas fou après tout. » Lanthimos ne nous donne pas de réponses. Il nous oblige à poser les bonnes questions.
L’Intermédiaire : un ange sombre dans les ombres du système
Et puis il y a L’Intermédiaire (Relay), le film le plus silencieux, le plus tendu, le plus humain de la semaine. Riz Ahmed incarne un « fixeur » — un homme invisible qui négocie des règlements entre entreprises corrompues et lanceurs d’alerte. Il ne parle presque pas. Il ne sourit jamais. Il se déplace comme une ombre, avec une précision chirurgicale. Son monde s’effondre quand Lily James, en tant que Sarah, une ex-employée traumatisée, frappe à sa porte. Le film, réalisé par l’Écossais David Mackenzie, est un hommage à l’art du silence. Les Inrocks le décrit comme « un ange gardien solitaire, aux traits de Michael Mann ». Mais ce n’est pas un héros. C’est un survivant. Un homme qui a appris à effacer sa voix pour protéger celle des autres. Même les critiques les plus sévères, comme celle de Première qui lui donne une seule étoile, ne peuvent nier la puissance de cette présence. Le film dure 1h52 — mais il laisse une impression durable, comme un souffle retenu trop longtemps.
Et ce documentaire qui ne pouvait pas attendre
En marge de ces grandes sorties, Le Figaro a souligné la diffusion du documentaire La Voix de Hind Rajab, consacré à la petite Palestinienne de six ans tuée le 29 janvier 2024 alors qu’elle fuyait avec sa famille. Ce film, bien qu’en dehors du circuit commercial, rappelle que le cinéma n’est pas seulement un divertissement. Parfois, il est la seule mémoire qui reste.
Le cinéma français : un miroir de nos peurs
Qu’est-ce qui relie ces quatre films ? Le sentiment d’être surveillé. De ne plus pouvoir faire confiance. De douter de la réalité. Zootopie 2 parle de la méfiance entre les communautés. Vie privée de la manipulation des récits médicaux. Bugonia de la construction du mythe du « fou » pour contrôler les masses. Et L’Intermédiaire de l’effacement volontaire pour survivre. Ensemble, ils forment un tableau inquiétant, mais nécessaire. Le cinéma ne nous divertit plus seulement. Il nous prévient.
Frequently Asked Questions
Pourquoi Jodie Foster est-elle si remarquée dans Vie privée ?
C’est la première fois que Jodie Foster joue un rôle principal en français, et elle le fait avec une précision quasi clinique. Elle incarne une psychiatre qui doute de la réalité, tout en perdant progressivement la sienne. Son jeu repose sur des silences, des regards, des hésitations — autant d’éléments que les spectateurs ressentent plus qu’ils ne les comprennent. Le film exploite cette ambigüité pour créer une tension presque physique.
Zootopie 2 est-il adapté aux enfants ?
Oui, mais avec nuance. L’animation reste colorée et pleine d’humour, mais le film intègre des références adultes sur la manipulation politique, la paranoïa et la dégradation des liens sociaux. Des scènes comme celle du « traitement de couple » ou la découverte de Gary De Snake peuvent inquiéter les plus jeunes. Les parents sont invités à regarder avec eux : les dialogues cachent des messages profonds sur la tolérance, que les enfants percevront autrement que les adultes.
Yorgos Lanthimos a-t-il déjà fait un film comme Bugonia ?
Oui, mais Bugonia est peut-être son plus abouti. Son style — des dialogues étranges, des plans rigides, une musique oppressante — est présent dans The Lobster ou The Killing of a Sacred Deer. Ici, il mêle cette esthétique à une critique sociale plus directe : la folie comme réaction rationnelle à un monde absurde. Jesse Plemons, qui joue l’un des kidnappeurs, a remporté un prix à Cannes pour un film similaire, ce qui renforce l’idée que Lanthimos explore un univers où la logique est inversée.
L’Intermédiaire est-il un film d’action ?
Pas du tout. Ce n’est pas un film de fusillades ou de poursuites. C’est un thriller psychologique d’atmosphère, où l’action se joue dans les regards, les silences et les gestes minutieux. Riz Ahmed ne parle pas plus de 15 minutes dans tout le film. L’émotion vient de ce qu’il ne dit pas : la peur, la solitude, la lassitude. Le film s’inscrit dans la lignée de Michael Mann ou John le Carré — plus proche de Le Cercle rouge que de James Bond.
Pourquoi cette vague de sorties en novembre 2025 ?
Les studios ont choisi cette date pour capter les spectateurs avant les fêtes de fin d’année, comme ils le font depuis des décennies. Mais cette année, les films proposent plus que du divertissement : ils répondent à une anxiété collective. Dans un contexte de crise climatique, de désinformation et de polarisation, les cinémas français offrent des récits qui interrogent la vérité, la confiance et la survie. C’est du cinéma politique — sans discours, mais avec une puissance silencieuse.
Quel film devrait-on voir en premier ?
Si vous voulez rire et réfléchir, choisissez Zootopie 2. Si vous préférez une expérience intense et psychologique, allez voir Vie privée. Pour une plongée dans l’absurde et la paranoïa, Bugonia est incontournable. Et si vous avez envie d’un film qui vous hante longtemps après la fin, L’Intermédiaire est le choix le plus profond.